A toi qui penses que les couches lavables sont un retour en arrière

Sur les réseaux sociaux ou aux dîners de famille, ça ne loupe pas, si on parle de couches lavables, il y a quelqu’un pour balancer un lapidaire “han mais c’est un retour en arrière, à l’époque de nos grands-mères”. 

 

Chaque fois que je lis ou entends ça, j’ai envie de réagir. Parce que je voudrais qu’on foute la paix aux mères comme aux grands-mères. Et qu'à la place, on pourrait troquer la critique stérile pour de l’action efficace.

 

D’abord la base de la base : “merci pour votre intervention mais non merci”. Ok, c’est pas très courtois, mais y a pas vraiment d’autre façon de le dire. En fait, la base, c’est de laisser les familles (et en particulier les femmes) tranquilles. Qu’elles choisissent d’avoir des enfants ou pas, d’allaiter ou de biberonner, d’utiliser des couches lavables ou jetables : it’s not your business et tous ces choix méritent le même respect. 

 

Ensuite, on peut creuser un peu le sujet. Si tu redoutes vraiment ce “retour en arrière”, il faut que tu saches trois choses : 

  • la fuite en avant, ce n’est plus possible
  • le retour en arrière, ce n’est pas ce que tu crois
  • le présent, c’est maintenant et j’ai des propositions à te faire

Ça t'a l’air abstrait ? Au contraire, c’est très concret, je t’explique.

La fuite en avant, ce n’est plus possible

Si on fait des couches lavables un vrai sujet, c’est parce qu’il y a de lourds enjeux et qu’il est temps d’arrêter de faire l’autruche. 

 

Aujourd’hui, qui peut lire le dernier rapport du GIEC qui nous annonce une Terre invivable avant 2050 puis rester confortable et serein à l’idée de générer une tonne de déchets rien que pour un bébé ? 

 

En 2020, la Belgique a comptabilisé 113.739 naissances. Tu les vois les 113 739 tonnes de couches usagées que ces bébés produiront d’ici leur entrée en maternelle ? Je sors la calculette, ça va devenir plus concret : c’est l’équivalent de 18 956,5 éléphants (allez, j’arrondis à 18 956, je n’ai pas le cœur à couper un éléphant en 2). Si ces éléphants se tiennent tous à la queue leu leu, ils vont générer un bel embouteillage de 132 km. Autrement dit, on a un paquet de couches de 3 mètres de haut qui va de Mons à Liège. Je ne te raconte pas l’odeur… Ça ne se composte pas, ça ne se recycle pas et ce n’est que la production des bébés nés en 2020 !

 

Les couches lavables ruinent ces tonnes de déchets easy peasy. Et en plus, si tu comptes leur production, leur entretien et leur fin de vie, elles mettent encore la pâtée aux couches jetables : 

  • 50% de consommation d'eau en moins, 
  • 93% d’émissions de gaz à effet de serre en moins, 
  • 80% de consommation d’électricité en moins, 
  • 90% de consommation de bois en moins 
  • 90% d’épuisement des ressources non renouvelables en moins. 

Ce n’est pas moi qui l’invente, c’est une étude indépendante que tu peux consulter ici. 

 

Il m’en reste un peu, je te le mets aussi ? C’est le principe de précaution en matière de santé. Parce que bon, c’est quand même pas jojo ce qu’on retrouve dans les couches jetables. En très résumé, après avoir dénoncé plusieurs fois le manque de transparence des marques sur la composition des couches jetables, ça s’améliore... mais y encore des traces de glyphosate, dixit 60 millions de consommateurs. Pour un truc qui est en contact permanent avec la peau de nos rejetons pendant 2 ans et demi, on pourrait souhaiter mieux, non ?

 

Bref, tout ça pour dire : si le sujet des couches lavables est sur la table, c’est parce qu’elles apportent des réponses à des enjeux cruciaux de prévention des déchets, de préservation des ressources naturelles et de santé. Donc pas de raison de s’énerver quand une commune fait la promotion des couches lavables. C’est normal que les pouvoirs publics mouillent leur chemise et apportent du soutien pour démocratiser cette alternative.

 

Le retour en arrière, ce n’est pas ce que tu crois

Si tu as connu des couches lavables qui fuitent, qu’on doit entretenir sans machine à laver ni séchoir, je comprends qu’imaginer leur retour te donne des sueurs froides. Et j’ai une très bonne nouvelle pour toi : les couches lavables d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec celles d’avant-hier, vraiment. 

 

Attention, je vais être très concrète mais je ne recule devant rien pour te rassurer. Sache qu’en 2021, on glisse un feuillet en cellulose entre les fesses de bébé et sa couche et grâce à lui, on peut se débarrasser des cacas sans pogner dedans. Les couches sont respirantes mais quand même imperméables grâce à leur membrane externe en PUL, le polyuréthane laminé. Et on a des velcros ou des pressions à la place des épingles à nourrice. On les lave de façon hygiénique : elles sont efficaces, propres et sans odeur.

 

Si ce qui te fait bouillir le sang et te révolte avec l’entretien des couches lavables, c’est la perspective d’une charge de travail supplémentaire pour les femmes, sache que cela représente 2 lessives par semaine et qu’il n’est toujours pas nécessaire d’avoir recours à ses organes génitaux pour se servir d’une machine à laver. Donc chaque couple qui opte pour les couches lavables peut s’organiser comme il l’entend.

 

Mais en vrai, c’est pas les couches, le problème. Quand tu lis que “80 % des femmes font la cuisine ou le ménage au moins une heure chaque jour, contre 36 % des hommes et que depuis 2003, l’évolution du partage des tâches dans la sphère privée semble au point mort” (dixit l’observatoire des inégalités)... et bien tu vois qu’on est dans la merde, couches lavables ou pas. Et oui, il y a un solide boulot à faire pour une véritable égalité. Un boulot politique, à l’échelle de la société entière, sur nos représentations, sur l’égalité salariale, sur les congés parentaux et encore bien d’autres domaines.  Et pour ça, on a plus besoin de se serrer les coudes que de faire la course à l'échalotte entre les plus féministes ou les plus écolo de nos choix.

Le présent, c’est maintenant et j’ai des propositions à te faire

Pour que les couches lavables réconcilient enjeux environnementaux et sanitaires avec l’égalité hommes-femmes, j’ai des propositions à te faire : 

  • respecter et encourager les familles qui font le choix des couches lavables. Si elles le font, c’est parce qu’il leur convient. Point barre. Fais confiance à ces femmes et ces hommes et laisse-les faire comme bon leur semble. Le bashing n’a vraiment aucune utilité. Le soutien,  :
  • accompagner et soutenir les milieux d’accueil qui proposent des couches lavables. Ca, c’est la clé pour sortir la couche lavable de sa niche de familles sensibilisées et privilégiées. 
  • faciliter l’implantation de services de nettoyage de couches, pour les milieux d’accueil et les familles qui ne peuvent ou ne souhaitent pas assumer les lessives. Et à nouveau, sortir de la niche des privilèges et prévoir un mécanisme de compensation financière pour les ménages avec de faibles revenus.